
Le réchauffement climatique pèse déjà lourdement sur le système alimentaire : destruction des cultures en raison des vagues de chaleur prolongées, rendements céréaliers à la baisse, réduction des réserves d’eau potable, etc. Une nouvelle étude, parue le 4 juillet dans la revue Science Advances, vient de prouver qu’il s’abat désormais sur d’autres victimes : les vaches laitières.
En raison de la montée des températures, la production de lait dans plusieurs régions du monde commence déjà à baisser, y compris dans les fermes les plus avancées technologiquement parlant. Une baisse mesurable, et pour la première fois, suivie sur des dizaines de milliers d’animaux à l’échelle planétaire. Les vaches trinquent, et au bout du compte, ce sera notre assiette (ou notre verre, plutôt) qui se videra.
Stress thermique : les vaches rendent les armes
Pendant douze ans, les chercheurs ont suivi plus de 130 000 vaches dans plusieurs États américains, en reliant leurs données de production laitière aux conditions météorologiques locales. Pour en arriver à leurs conclusions, les chercheurs n’ont pas mesuré la température ambiante, mais la température humide. Un indicateur plus fiable et précis, car il combine à la fois la chaleur et le taux d’humidité : grâce à lui, on peut mesurer à quel point l’air est chaud et difficile à évacuer par la transpiration ou la respiration.
Chez les bovins, ce seuil est atteint dès 25,5 °C de température humide (soit environ 30 à 35 °C en température classique avec humidité élevée). Passé celui-ci, les vaches peinent à réguler leur température corporelle. Elles respirent plus vite, mangent moins, boivent davantage… mais malgré cela, leur métabolisme ralentit. C’est ce qu’on appelle le stress thermique : un état physiologique où l’animal ne parvient plus à dissiper la chaleur qu’il accumule.
La vache produira donc moins de lait, et elle mettra 10 jours à revenir à son état normal ; un ralentissement physiologique qu’aucune technologie ne parvient à contrebalancer.
Presque toutes les exploitations étudiées utilisent déjà des systèmes de refroidissement : ventilateurs, abris ombragés, douches, brumisateurs, ventilateurs, etc. Des installations modernes et très bien équipées dans lesquelles seule la moitié des pertes est récupérée grâce à ces dispositifs.
Plus les températures grimpent, plus ceux-ci sont inefficaces et lors des pics de chaleur, ils ne suffisent plus à préserver les animaux. C’est une limite structurelle : l’agriculture intensive, même dans sa version la plus moderne, ne tient plus face à des conditions climatiques qui excèdent les cadres pour lesquels elle a été pensée.
Un modèle de production en déclin
Les auteurs ont ensuite élargi leur analyse à l’échelle mondiale, en croisant leurs données de terrain avec les projections climatiques à l’horizon 2050. Sans systèmes de refroidissement, les dix plus grands pays producteurs pourraient perdre jusqu’à 4 % de leur production laitière quotidienne. Même avec les équipements actuels, les pertes resteraient comprises entre 1,2 et 2,7 % par vache et par jour.
Nous pourrions être tentés de se dire : « Quelques pourcents, ce n’est pas grand-chose ! ». Un raisonnement qui ne tient pas, puisque ces pertes s’appliquent à des filières industrielles à très faible marge, fonctionnant à flux tendus et sur des volumes colossaux. Une baisse quotidienne de 2 % par vache, dans un pays comme les États-Unis ou la Chine, équivaut à des millions de litres évaporés chaque jour. Une pression directe sur les revenus des producteurs, mais également, à moyen terme, sur les prix à la consommation.
Au-delà de ces chiffres froids qui ne concernent que les volumes, Claire Palandri, première autrice de l’étude, pointe du doigt un autre problème. « Notre étude souligne à la fois l’intérêt et les limites des technologies de refroidissement et des autres stratégies d’adaptation mises en place par les éleveurs face au changement climatique. Les décideurs devraient explorer d’autres pistes, qui ne se limitent pas à rafraîchir les animaux, mais qui visent aussi à réduire les facteurs de stress, comme le confinement ou la séparation des veaux [NDLR : des pratiques courantes dans les élevages intensifs, où les vaches sont maintenues en stabulation fermée et les veaux retirés dès la naissance pour maximiser la production]. Ces stress rendent les vaches plus sensibles à la chaleur, et moins résilientes. »
Le lait n’est pas encore un produit de luxe, mais au vu de ces données, il pourrait très bien le devenir un jour : les volumes continueront à baisser si rien n’est fait. Par ailleurs, cette étude est la démonstration même de la fragilité de notre modèle agro-industriel, bâti depuis le lendemain de la Seconde Guerre mondiale sur la standardisation et l’optimisation à outrance. Un système de production qui montre aujourd’hui ses lacunes, face à un climat qui n’est plus celui qu’il était il y a 80 ans. Notre verre de lait est encore à moitié plein, mais pour combien de temps encore ?
- Des chercheurs ont démontré que la chaleur et l’humidité font durablement chuter la production de lait, même dans les fermes les plus modernisées.
- Les systèmes de refroidissement actuellement utilisés par les éleveurs ne compensent qu’une partie des pertes, qui pourraient atteindre jusqu’à 4 % dans les grands pays producteurs.
- Pour éviter une pénurie, il faudra repenser en profondeur les conditions d’élevage et sortir du modèle intensif hérité du XXᵉ siècle.
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