Ils ne sont pas « ultra-riches », ont plus de 35 ans, ne dépensent « que » 3.000 à 10.000 euros par an mais ce sont eux qui façonnent le luxe: qui sont ces « acheteurs …

, Ils ne sont pas « ultra-riches », ont plus de 35 ans, ne dépensent « que » 3.000 à 10.000 euros par an mais ce sont eux qui façonnent le luxe: qui sont ces « acheteurs …

Entre rêve, pression sociale et quête de sens, les acheteurs « aspirationnels » façonnent un luxe à deux vitesses. Ils dépensent entre 3.000 et 10.000 euros par an, oscillant entre désir de distinction et prudence budgétaire. Pour les maisons de luxe, ils représentent la clé de la croissance mais aussi l’un des plus grands défis du moment.

Ils ne vivent pas dans les palaces, mais en connaissent le parfum. Ils n’ont pas de collection de sacs Kelly, mais arborent fièrement un portefeuille ou des lunettes de soleil griffées et économisent chaque année pour s’offrir une pièce-signature. Moins visibles que les « high-net-worth individuals », mais indispensables, les consommateurs aspirationnels — ceux dont les dépenses annuelles en produits de luxe oscillent entre 3.000 et 10.000 euros — forment aujourd’hui la base du marché mondial. Ils seraient à l’origine de plus de la moitié des dépenses de luxe dans le monde, loin des clichés du milliardaire collectionneur.

Une boutique Dior
Une boutique Dior © AFP

La banque allemande Berenberg, dans sa note « End of the Luxury Super Cycle », les décrit comme « la base de la pyramide du luxe ». Sans eux, affirme-t-elle, le sommet des ultra-riches vacillerait. Ces consommateurs dépensent « modérément », mais leur poids est massif. Leurs achats, souvent concentrés sur quelques pièces symboliques comme un sac Louis Vuitton, une montre Omega ou un trench Burberry.

Cadres, professions libérales, indépendants, urbains pour la plupart, si l’on a souvent pensé qu’ils étaient majoritairement jeunes, plus de la moitié a en fait plus de 35 ans. Leur poids économique est immense, mais leur statut paradoxal: essentiels pour la croissance des maisons, ils demeurent les plus vulnérables aux secousses économiques.

Du « Status seeker » au « Mindful Minimalists »… la nouvelle typologie des consommateurs de luxe

Une étude de McKinsey datant de 2024 met des visages sur ces clients intermédiaires en identifiant cinq grandes typologies.

Tout d’abord les « Status Seekers » (39% au niveau mondial): ils dépensent en moyenne 3.500 euros par an et cherchent avant tout la reconnaissance sociale. Très présents en Chine, où ils forment près de trois quarts du segment, ils recherchent visibilité et reconnaissance sociale. En France, leur proportion tombe autour d’un tiers. Leur lecture du luxe est sociale avant tout et preuve en est sur Xiaohongshu, les tutoriels montrant comment composer une tenue “haut de gamme” pour « donner l’impression » d’appartenir à une classe supérieure se multiplient.

Une cliente chinoise dans un magasin de luxe
Une cliente chinoise dans un magasin de luxe © LIU JIN

Ensuite ce sont « Quality Seekers » qui constituent environ un quart du segment. Majoritairement situés en Europe et aux États-Unis, plus âgés, ils valorisent la durabilité, l’éthique et la transparence et constituent en France le groupe dominant.

Puis ce sont les « Socialite Spenders » qui représentent environ un quart également, et qui sont les plus dépensiers, dépassant 5.000 euros par an en moyenne et achètent jusqu’à huit marques différentes. Jeunes actifs, connectés, ils consomment le luxe comme un langage culturel: celui de la fête, du voyage, de la mise en scène du quotidien. À l’opposé, les « Timeless Chic » et les « Mindful Minimalists » (majoritairement masculins), cultivent un rapport plus apaisé au luxe, privilégiant les pièces intemporelles ou l’artisanat fonctionnel.

Dans ce paysage, les réseaux sociaux jouent un rôle déterminant. Instagram, TikTok ou Xiaohongshu sont devenus les nouvelles vitrines du désir, capables de transformer n’importe quel sac, paire de lunettes ou parfum en symbole planétaire en quelques heures.

Les hashtags #LuxuryHaul, #QuietLuxury ou #LuxuryLifestyle cumulent des centaines de millions de vues et alimentent une culture de la comparaison permanente. Ce que les vitrines parisiennes représentaient hier, les fils d’actualité le reproduisent désormais à l’échelle mondiale. Pour de nombreux acheteurs aspirationnels, acquérir un produit de luxe dépasse la simple satisfaction personnelle: c’est entrer dans un récit culturel, afficher une étape, signaler qu’on « y est presque ». Plus le luxe est exposé, plus il devient désirable… mais aussi plus insaisissable.

Inflation, hausse de prix, manque de confiance…la frustation grandissante des clients aspirationnels

En effet, ce segment, que l’on croyait jusque-là solide, est pourtant en tension. La note de Berenberg évoque un marché à deux vitesses, dans lequel l’inflation, la hausse du coût du logement ou l’incertitude économique pèsent lourd.

Contrairement aux VIC (Very Important Client) capables de dépenser 15.000 euros dans un sac, les consommateurs aspirationnels eux calculent, comparent, repoussent. Plus d’un tiers aurait déjà réduit ses achats en 2024 et près des deux tiers envisagent de les maintenir ou de les diminuer l’an prochain. Selon une étude du Boston Consulting Group, une partie de ces dépenses non réalisées se transforme alors en épargne, une autre se réoriente vers le bien-être ou la santé et une fraction croissante se tourne vers la seconde main.

Les hausses de prix massives accentuent ce décrochage. Chez Chanel, Dior ou Saint Laurent, les tarifs des sacs à mains ne cessent d’augmenter et partout dans le monde, une nuit dans un palace atteint des niveaux records. Le résultat? l’aspiration glisse vers la frustration. Le scandale autour de conditions de travail chez certains sous-traitants italiens a également entamé la confiance.

La jeune génération cristallise cette tension. Saturée de logos mais plus lucide sur les mécanismes du marketing, la Gen Z continue de rêver au luxe, mais différemment. Moins attachée à la possession qu’à l’expérience, elle plébiscite les collaborations, les pop-up immersifs et surtout la mode d’occasion. Vinted, Vestiaire Collective ou The RealReal deviennent des portes d’entrée vers le désir. À l’inverse, certains jeunes, désabusés par les prix, se tournent vers les contrefaçons « premium », désormais présentées sur TikTok comme des produits “inspirés”. Ce basculement, autrefois tabou, traduit une forme de résistance douce face à un système jugé déconnecté.

Skims
Skims © Skims

Dans cette économie du désir, l’exemple le plus emblématique est sans doute Skims, la marque de Kim Kardashian, valorisée plus de 4 milliards de dollars en 2024. Partie du shapewear, la marque a réussi à s’imposer comme un symbole de luxe accessible, mêlant esthétique minimaliste, communication inclusive et storytelling millimétré. Skims parle à cette clientèle aspirationnelle qui veut de la qualité, mais aussi l’impression d’appartenir à un groupe et de faire partie de l’histoire, aussi glamour soit-elle.

Chaque pièce griffée Skims permet de s’approcher symboliquement de la célébrité, d’acquérir une part du lifestyle des Kardashian. Preuve en est, les collections s’arrachent en quelques heures, propulsées par un marketing qui combine star system et réalité corporelle.

"The Louis", Louis Vuitton Shangaï
« The Louis », Louis Vuitton Shangaï © Louis Vuitton

La réinvention de l’aspiration passe aussi par des expériences. On imagine souvent tapis rouge et champagne réservés aux très grands clients, mais ce n’est plus tout à fait vrai. Le consommateur aspirationnel est désormais choyé, ciblé, séduit. Son comportement est un baromètre précis de la santé du luxe. S’il se détourne, c’est toute la structure du marché qui vacille. Les maisons multiplient alors les efforts: activations locales, boutiques expérientielles comme Le Louis à Shanghai, spas Dior, éditions limitées ou services personnalisés.

L’inde, futur géant du luxe aspirationnel

Dans cette bataille mondiale pour séduire la classe intermédiaire du luxe, un territoire émerge avec force: l’Inde. Longtemps considérée comme secondaire, elle devient un laboratoire du luxe aspirationnel.

Un couple à Jaipur
Un couple à Jaipur © VISHAL BHATNAGAR

Le pays pourrait atteindre 12 milliards de dollars de ventes de produits de luxe en 2028, contre 7,74 milliards en 2023, porté par un PIB en croissance rapide. Et les marques l’ont bien comprit: Hermès renforce ses implantations, Estée Lauder crée un incubateur beauté, Accor inaugure un hôtel Raffles à Jaipur. Une nouvelle génération de consommateurs, différente des élites traditionnelles, se montre avide de marques internationales et de lifestyle global. L’achat local devient même un marqueur social. Là où les élites achetaient autrefois à Londres ou Singapour, la classe moyenne supérieure dépense désormais à Mumbai ou Delhi, attirée par des malls premium et une approche plus culturelle du retail. Le luxe y apprend à parler local, à valoriser l’esthétique indienne contemporaine et à répondre à un désir mêlé de modernité et d’ascension sociale.

Une femme indienne se fait maquiller
Une femme indienne se fait maquiller © AFP

Plus largement, c’est le discours même des marques qui évolue. Elles parlent désormais d’artisanat, d’émotion, de durabilité. Ce qui est désormais capital, car la fidélité des consommateurs aspirationnels dépendra de la capacité des maisons à les comprendre, à les respecter, à leur offrir l’impression d’appartenir à une histoire plus grande qu’eux.

« Le dynamisme de ces consommateurs et de la rapidité avec laquelle ils évoluent montrent que les dirigeants des secteurs de la mode et du luxe ont tout intérêt à redoubler d’efforts pour adopter des approches sur mesure et des stratégies hyper-personnalisées afin de répondre à leurs besoins » expliquent Gemma D’Auria, Chiara Laudanna, Arianna Pileri et Elena Pizzocaro, co-autrices du rapport Why courting aspirational luxury consumers still matters de McKinsey.

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Le défi pour le secteur consiste donc à continuer de jouer le chant des sirènes, mais avec justesse, pour attirer dans ses filets dorés ceux qui constituent, aujourd’hui plus que jamais, son socle vital.

Juliette Weiss

Cette chronique se veut produite de la façon la plus authentique que possible. Dans la mesure où vous décidez d’apporter des précisions concernant le sujet « Luxe » il est possible de d’échanger avec notre équipe. Le site plaisir-secret.fr a pour finalité de publier diverses publications autour du sujet Luxe communiquées sur la toile. Pour vous faciliter la tâche, plaisir-secret.fr vous produit cet article qui aborde le thème « Luxe ». Consultez notre site plaisir-secret.fr et nos réseaux sociaux dans l’optique d’être informé des prochaines parutions.

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