Propriétaire de grands magasins de luxe, parmi lesquels Saks Fith Avenue à New York, le groupe américain Saks Global s’approche d’une faillite inéluctable.
C’est l’un des plus importants effondrements du secteur de la vente au détail depuis la pandémie. Le groupe américain Saks Global, propriétaire des grands magasins de luxe Saks Fifth Avenue, Neiman Marcus et Bergdorf Goodman, se déclare en faillite. Le groupe vient de l’officialiser dans un communiqué.
L’entreprise a annoncé avoir entamé une procédure de faillite volontaire (Chapitre 11) auprès du tribunal des faillites du district sud du Texas. Elle s’engage à « honorer tous les programmes destinés aux clients, à effectuer les paiements futurs aux fournisseurs et à maintenir le versement des salaires et des avantages sociaux aux employés ».
Plombé par une lourde dette dont il a raté une échéance fin décembre, et ne paie plus certains fournisseurs – de grandes marques – depuis de longs mois.
Le détaillant a déclaré mercredi matin que ses magasins resteraient ouverts pour le moment après avoir finalisé un plan de financement de 1,75 milliard de dollars et nommé un nouveau PDG.
« Ils vont déposer le bilan. Il n’y a plus d’argent. Il faut une supervision par un tribunal », déclare mardi à l’AFP Tim Hynes, responsable de recherche crédit pour Debtwire, spécialiste de la situation financière des entreprises. Selon lui, Saks Global s’est beaucoup endetté pour racheter le groupe Neiman Marcus (NMG) en 2024, pour 2,7 milliards de dollars, et sa dette atteint désormais quelque cinq milliards de dollars pour un chiffre d’affaires annuel inférieur à 6 milliards.
Le groupe basé à New York, qui compte environ 70 magasins (hors réseaux de déstockage) en Amérique du Nord, n’est pas coté et ne publie pas de résultats.P ris à la gorge dans un contexte économique difficile aggravé par les récents droits de douane et comptant se refaire une santé avec les fêtes de fin d’année, il a opéré en août 2025 une restructuration partielle de sa dette et récupéré 600 millions de dollars d’argent frais. Mais ses espoirs ont été douchés.
« Problèmes persistants de liquidités »
Le consommateur américain, qui dépense tout en restant très attentif aux prix, n’a pas été au rendez-vous dans les rayons de l’étendard du groupe, Saks Fifth Avenue, qui avait pourtant renoué avec la tradition en déployant des éclairages festifs sur toute sa façade, après un hiatus fin 2024 qui avait été décrié. Résultat: le groupe n’a pas honoré une échéance de 100 millions de dollars le 30 décembre. Un différé de trente jours maximum s’est enclenché.
« Nous ne pensons pas que le groupe pourra effectuer ce paiement pendant la période de grâce, étant donnés ses problèmes persistants de liquidités », a prévenu l’agence de notation Standard and Poor’s le 7 janvier, en abaissant la note du groupe dans la catégorie « défaut partiel ». Cela « fait suite à des performances opérationnelles faibles dues à la détérioration continue de la trésorerie et aux problèmes importants d’approvisionnement depuis trois ans », a-t-elle relevé, chiffrant à 410 millions de dollars le flux négatif de trésorerie opérationnelle.
D’après S&P et plusieurs experts, de nombreuses marques refusent toute nouvelle commande de vêtements, accessoires ou bijoux tant que les arriérés n’auront pas été payés. D’autres refusent de livrer par crainte de ne pas être payées, surtout avec la faillite qui semble inéluctable.
« Nous surveillons la situation de Saks Global minute par minute », indiquait lundi Brendan Hoffman, patron de la marque Vince, lors d’une conférence, précisant que le groupe Saks générait environ 7% de son chiffre d’affaires annuel. « Ce n’est pas immatériel, mais ce n’est pas aussi gros que d’autres comptes que nous faisons croître », a-t-il relevé, signalant une baisse de l’activité avec Saks dès 2022.
Des investisseurs peu confiants
À parcourir cette semaine les étages de Saks sur la célèbre Cinquième Avenue, artère commerçante de New York bordée de boutiques prestigieuses, l’AFP a constaté des portants semblant peu achalandés, certains proposant de chaudes tenues d’hiver associées à des vêtements printaniers. Comme si des collections disparates avaient été assemblées de bric et de broc pour éviter des rayons vides. « Nous pensions qu’ils allaient déposer le bilan dimanche » 11 janvier, relève Tim Hynes, « mais ils ont besoin de se présenter devant le tribunal (des faillites) avec un plan de restructuration. »
Selon plusieurs médias, dont la chaîne CNBC, le groupe peine à convaincre les investisseurs pour réunir la somme nécessaire pour étayer son plan de sauvegarde. L’une des raisons serait, avance un spécialiste du secteur, la personnalité de Richard Baker, président exécutif du groupe qui cumule la direction générale depuis la démission le 2 janvier de Marc Metrik. Ce dernier occupait ce poste depuis 2015, mais aura passé en tout trente ans chez Saks.
« Les investisseurs ont besoin d’avoir un certain niveau de confiance. Ils n’en avaient pas beaucoup envers Richard Baker », décrypte Tim Hynes. « Mais il juste vient de démissionner » de la direction générale, souligne-t-il, anticipant un dépôt de bilan « rapidement ».
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