« La dignité n’est pas un luxe ! » À Montville, les résidents de l’Ephad Myosotis ont déménagé

, « La dignité n’est pas un luxe ! » À Montville, les résidents de l’Ephad Myosotis ont déménagé

À Montville (Seine-Maritime), les 48 résidents de l’Ehpad des Myosotis ont emménagé dans leur nouvel établissement ce mercredi 3 décembre. L’endroit, beaucoup plus confortable, se veut un exemple de standards plus hauts pour les Ehpads publics.

Entre l’Ehpad des Myosotis et le , il n’y a qu’un mot et quelques dizaines de mètres, mais la proximité s’arrête là. Dans le nouvel établissement de Montville (Seine-Maritime), sorti de terre après quatre ans de travaux, pas de chambres exiguës, mais des véritables studios avec salles de bain privée et balcons, pas de cantine, mais un restaurant. C’est ce confort longtemps attendu (ça fait plus de dix ans que le projet est dans les cartons) que le personnel, les résidents et leur famille sont venus célébrer ce mercredi 3 décembre au restaurant des Myosotis, une salle spacieuse avec d’immenses baies vitrées.Après un déménagement en musique dans la matinée, la directrice des Myosotis prend la parole devant ces quelque 200 personnes. « Le confort et la dignité ne sont pas un luxe ! » , assène Marie-Pascale Mongaux en présentant rapidement les lieux : des parties communes aménagées à tous les étages, des appartements de 28 à 35 m² avec kitchenette et salle de bain privée et balcon.

Elle rappelle que dans l’établissement précédent, les résidents avaient des chambres de 10 à 15 m² avec une douche sur le palier pour 20 personnes. « Ohlala oui, ça c’était compliqué », se souvient Harmonie, accompagnante éducative et sociale qui travaille aux Myosotis depuis ses 16 ans. « Ça m’était devenu insupportable de les faire sortir en peignoir, dans le froid, les résidents ne voulaient plus y aller et je comprends, je n’y serais pas allée non plus ! »D’ailleurs, c’est ce qui vient en premier à l’esprit de Gabrielle et Nicole, deux résidentes, lorsqu’on leur demande ce qui va changer pour elles. « On aura notre salle de bain », s’exclament-elles avec soulagement. Elles y gagneront aussi un sentiment d’être un peu plus chez elles. Nicole a d’ailleurs déjà prévu de ramener des portants avec ses habits préférés. « Ma fille dit que j’ai trop d’affaires », sourit-elle. Elle aura aussi des étagères avec des livres, un soulagement pour cette octogénaire qui a très mal vécu son départ en Ehpad il y a 16 ans.

Pour passer à un tel confort en tant qu’établissement public, ça n’a pas été facile, reconnait Marie-Pascale Mongaux. « On a 48 résidents, c’est une petite structure qui ne pouvait pas supporter ces frais seule. » C’est la fusion avec d’autres établissements du coin « qui allaient plutôt bien » qui a permis de soutenir ce chantier de quatre ans à 15 millions d’euros. Marie-Pascale Mongaux est donc directrice du TUC () qui regroupe les Myosotis à Montville, les Aubépins à Maromme et la Côte-de-Velours à Notre-Dame-de-Bondeville. Un tiers du coût du chantier provient de l’autofinancement (des économies) et le reste est financé par un prêt et des partenaires tels que l’agence régionale de santé (ARS).

Derrière cette bataille pour ne pas faire de concessions sur le confort et la dignité des habitants et pour que l’établissement reste en ville quitte à y mettre le prix, il y a une conviction chez Marie-Pascale Mongaux : « Les personnes âgées sont discriminées. Nous sommes dans une société qui ne veut pas vieillir et qui ne veut pas voir la mort. Pendant des années, on a construit des structures ou des maisons de retraite en bord de ville, au bout de la ville, en face de la décharge municipale ou du cimetière. C’est une aberration, ce sont des personnes souvent isolées et on renforce leur isolement et donc l’altération des liens », affirme-t-elle.« Ce n’est pas parce que l’âge avance que la vie doit rétrécir », conclut-elle. Ce gros chantier n’est que la première phase de la construction du Villâge qui doit accueillir, d’ici 2027, une crèche, une maison de santé avec quatre médecins déjà intéressés pour s’y installer et 34 « logements solidaires », dont 20 pour des seniors autonomes, pour faciliter les interactions entre l’Ehpad et le monde extérieur. Le tout pour une enveloppe de neuf millions d’euros supplémentaires.

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