« Le gang des Amazones » : « La sororité est un luxe », selon les deux actrices Kenza Fortas et Izia Higelin

, « Le gang des Amazones » : « La sororité est un luxe », selon les deux actrices Kenza Fortas et Izia Higelin
, « Le gang des Amazones » : « La sororité est un luxe », selon les deux actrices Kenza Fortas et Izia Higelin

Aviez-vous déjà eu écho du fait divers du gang des Amazones avant de vous engager sur ce projet ? La sororité ou l’aspect social vous a particulièrement parlé ?

Izia Higelin : Non, je ne le connaissais pas. La réalisatrice Melissa Drigeard m’a pitché cette histoire qui s’est déroulée dans les années 1989-1990. Elle a travaillé main dans la main avec les Amazones. Au-delà de la sororité – une question qu’on ne se posait même pas à l’époque -, c’est plus leur détermination, leur condition sociale, ce ressenti d’être acculé à ce point-là qui m’a frappée. Qu’est-ce qui a pu les pousser à aller braquer des banques ? L’envie était de raconter cette détresse.

Pourquoi la sororité était-elle absente ?

IH : Parce que la détresse passait avant. La sororité est un luxe. Elles étaient plus liées par la misère que par le fait d’être des femmes… Et il se trouve qu’elles étaient les deux… Ce qui compliquait encore plus les choses dans une société où elles étaient reléguées à un rang inférieur. Aujourd’hui, même si tout n’est pas réglé, il y a quand même du mieux.

Il y avait l’envie de se sortir de cette misère… mais il y a eu plusieurs braquages… Un ne suffisait pas ?

Kenza Fortas : Je pense que ça ne comblait pas leurs besoins. D’ailleurs elles n’ont pas récidivé après le procès.

IH : Ces braquages étaient autour de chez elles… Elles ont même fait le casse de leur propre banque. Ça reste criminel, mais ça ne s’est pas déroulé comme dans du grand banditisme avec la volonté de faire le meilleur coup possible pour avoir le maximum de fric. Avec tout le respect que j’ai pour les Amazones, elles n’ont pas dû réfléchir à cette éventualité en profondeur. Il s’agit donc d’un instinct de survie. Ça tient même du miracle qu’elles ne se soient pas fait choper pendant si longtemps… Après, je ne peux pas me mettre à leur place car je n’atteindrai sans doute pas ce niveau de misère sociale, mais en tout cas, les anciennes Amazones qu’on connaît désormais sont saines d’esprit. Ce sont des mères, des amies, des femmes aimantes qui ont eu l’impression à un instant T de ne pas avoir le choix.

Plonger dans la fin des années 80, début des années 1990. Ça vous a fait quelle impression ?

IH : Mélissa a abordé cela comme un film d’époque et au début ça m’angoissait car ça renvoie au moment de ma naissance en 1990 ! J’adorais arriver légèrement avant le début des prises de vues et observer tout le travail effectué par l’équipe décoration pour coller à cette période. Les marques de lessives, les verres, les voitures, ça nous mettait dans un mood réellement passionnant.

KF : On a par exemple tourné dans la même salle du tribunal où les Amazones ont été jugées. Il y avait leurs vrais avocats dans le public. Ils donnaient un peu d’instructions à ceux qui jouaient leurs rôles et nous expliquaient concrètement comment ça s’est passé. On avait l’impression d’y être. Les banques sont aussi celles qui ont été braquées. Le langage, les mots n’étaient pas les mêmes qu’aujourd’hui, il fallait ajuster. Le plus dur était là, mais j’ai kiffé et j’aurais adoré vivre au début des années 1990, j’adore la vibe ! J’ai l’impression qu’on « vivait » alors que de nos jours, on survit. Le temps a fait perdre certaines valeurs. Par exemple, les mariages duraient beaucoup plus longtemps, aujourd’hui ça s’évapore souvent au bout de deux ans…

Et vous Izia, qui êtes musicienne aujourd’hui mais qui avez certainement dû faire la comparaison au niveau musical, avec les succès de votre père ?

En effet, dans la musique il y avait beaucoup plus de liberté. Les artistes prenaient beaucoup plus la parole. Ils avaient moins peur du bad clash d’internet, maintenant il y a davantage d’autocensure.

Le premier contact avec les vraies Amazones était-il particulier ?

KF : Comme un enfant qui doit aller à Disney, il sait qu’il doit voir Mickey… Et bien j’avais un peu cette impression ! (rires) Ces femmes m’ont fait tellement de peine et dégagent une telle force que j’appréhendais de les rencontrer et de jouer leur rôle.

IH : Sur le tournage, j’étais très concentrée. Étant donné que ce sont des femmes avec beaucoup de caractère, de personnalité, je me tenais un peu à l’écart pour ne pas perdre le focus. Ça reste une fiction, mais je suis heureuse d’avoir pu faire revivre d’une certaine manière leur histoire.

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