Ultra-luxe, fêtes démesurées, yachts géants… Comment Saint-Tropez est redevenu le paradis des people

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C’est une vaste villa construite à même la roche sur les hauteurs de Saint-Tropez. Elle trône au milieu des vignes sous les pins parasols. En juillet dernier, le propriétaire l’a louée à un milliardaire brésilien de la tech, le genre de personnage dont les employés de maison se méfient car il serait « défoncé du matin au soir et irrespectueux envers les gens du coin ». Pour lui permettre d’organiser une petite sauterie, un avenant aurait été ajouté au contrat de location. Réputé pointilleux, le propriétaire accepte une cinquantaine de personnes : pas plus ! Qui connaît cette clientèle sait que les fêtes peuvent vite se transformer en « demolition party ». Mais ce qui va se passer le 22 juillet au soir dépasse l’entendement. Ce ne sont pas 50, mais près de 500 personnes qui investissent les lieux. Leonardo DiCaprio est de la partie, l’acteur Jamie Foxx s’est installé derrière les platines et Patrick Ta, le « make-up artist » préféré des stars, se déchaîne sur le « dance floor ». L’alcool coule à flots, la poudre tourne à gogo. Alertés par le bruit, les voisins envoient des messages au proprio, non pas pour se plaindre, mais pour se faire inviter. « C’est comme ça qu’il aurait été mis au courant », raconte l’une de nos sources. Trop tard : la fiesta a viré à l’orgie, la villa est dévastée. En pleine descente de cocaïne, un des convives a éventré un canapé à 40 000 euros à coups de couteau. Un autre s’en est pris à un tableau de Richard Prince – « heureusement une copie, l’original était au coffre ». Avant de partir, les fêtards auraient laissé en souvenir une ligne de cocaïne géante de 27 mètres ! Difficile de vérifier la longueur exacte de cette traînée qui, selon nos informations, aurait fini dans les toilettes lors de l’état des lieux. À Saint-Tropez, le succès de la saison se mesure aussi en kilos de blanche retrouvés dans les fosses septiques.

Chaque colline a son histoire. Du côté des Salins, des locataires moyen-orientaux auraient distribué des foulards Hermès à leurs voisins pour s’excuser du bruit et surtout des allées et venues en voitures de sport, de jour comme de nuit. Un soir, un van se dirigeant chez eux aurait été bloqué à un rond-point, contraignant les nombreuses passagères à sortir en petites tenues. L’anecdote fait sourire un vieux Tropézien attablé à l’African Queen, l’adresse de la place des Lices prisée par les locaux – qui boudent le Café des Arts parce que « ce n’est plus ce que c’était ». « Comme disait Michel Audiard : ‘L’été, les vieux cons sont à Deauville, les putes à Saint-Tropez et les autres en voiture un peu partout !’ Comme quoi, il y a des choses qui ne changent pas ! »

D’autres éléments perdurent, et heureusement ! Le décor est resté le même : collines verdoyantes qui s’avancent dans la mer, routes sinueuses bordées de palmiers et d’oliviers. Le soleil couchant sur les vignes et cette lumière qui a fasciné l’artiste Paul Signac, le pionnier du néo-impressionnisme, qui fut aussi le découvreur de Saint-Tropez. On trouve encore de la quiétude et assez de nature pour s’isoler, comme le fait le pianiste concertiste Bertrand Chamayou, qui répète au-dessus de la plage de la Moutte. Au Sud, s’étend celle de Pampelonne, avec ses bars et ses restaurants festifs où désormais tout le monde fait la fête l’après-midi.

Plus encore qu’à la grande époque, il n’y a pas d’heure pour faire sauter les bouchons de champagne

Le nouveau Saint-Tropez est né en 2018, au moment du renouvellement des concessions sur cette plage. La presqu’île subissait un tassement des fréquentations. La jet-set s’était lassée de cette ville paresseuse qui végétait sur son mythe. Elle lui préférait Porto Cervo en Sardaigne ou Ibiza. Des groupes d’événementiel spécialisés dans la restauration festive haut de gamme ont alors redoré le blason des restaurants de plage. Tous déclinent des concepts similaires : un premier service « familial », avec les mêmes plats servis dans les enseignes de New York, Dubai et Saint-Barth, puis un deuxième service, en milieu d’après-midi, pour faire cracher du son, sauter les bouchons de champagne… et les portefeuilles. Peu à peu, la jet-set est revenue puis a rameuté des camarades de yachts et de fiestas qui ne savent rien de ce pays provençal, ni en arrivant ni en repartant. « Pendant quatre mois, le village tropézien devient un des centres du monde », explique Laurent de Gourcuff, patron de Paris Society qui détient la plage Gigi et un restaurant, Maison Revka.

C’est un tout autre public que les copains d’Eddie Barclay et les joueurs de pétanque de la place des Lices qui déboule aujourd’hui sur le sable. Des fils à papa américains se pressent au Shellona pour écouter les DJ stars payés des ponts d’or. Arthur Brilliet, le responsable de La Plage, se dit impressionné par la puissance de frappe financière de ses jeunes clients. « Cette année, on a beaucoup de Texans. » Chez Bagatelle, le voisin, l’ambiance est plutôt new-yorkaise. Plus chic, plus âgée, plus portée sur la gastronomie. Les fondateurs, Rémi Laba et Aymeric Clemente, sont parmi les rares Frenchies à avoir réussi dans le milieu de la nuit à New York. Ils ont depuis ouvert des restaurants dans 14 pays.

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Toutes les plages fonctionnent plus ou moins avec le même système : réservation obligatoire avec empreinte bancaire. Certains ont abusé de leur succès et créé un système de « minimum spending » (dépense minimale) pour assurer un important chiffre d’affaires. Mais tous s’en défendent aujourd’hui. L’addition varie autour de 300, voire 400 euros par personne et par jour, mais ceux qui veulent se faire plaisir peuvent inviter les copains ou les tables d’à côté. Il peut arriver que la facture dépasse 200 000 euros. Quand la fête se termine avant 20 heures, certains se dirigent vers le port où le groupe Annie Famose propose des lieux avec des prestations similaires, le même niveau de tarifs et de décibels.

« J’ai vu un client amener un garde du corps juste pour protéger sa montre », raconte le patron d’une plage. Un modèle à 2 millions d’euros…

Il faut croiser le journaliste Henry-Jean Servat, ami de Brigitte Bardot, pour se laisser convaincre que rien de cela n’aurait été possible sans la « légende de Saint-Tropez » – par ailleurs le titre de son livre. C’est pour inscrire son nom dans cette histoire que l’idole de la jet-set Jeff Bezos s’est assis au Club 55, en juillet, l’un des premiers restaurants de la plage de Pampelonne. Le patron d’Amazon n’a pas eu besoin de dormir à l’hôtel, son yacht l’attendait au large. Brooklyn Beckham passait les vacances sur l’un des mastodontes de son beau-père, Nelson Peltz, milliardaire américain. Cette année encore, le nombre de yachts dans la baie a pulvérisé les records. Le matin au Kelly’s Pub, appelé aussi « La grotte », les sauveteurs de la SNSM font le bilan de la veille. « On n’a jamais eu autant d’interventions pour des accidents de personnes », confie Martial, le capitaine du « Bailli de Suffren III ». Plusieurs bateaux ont percuté des rochers et un incendie s’est déclaré à bord du yacht d’un ancien ministre argentin amarré au port. Jeudi 7 août, au large de Pampelonne, se languissaient le mégayacht d’un milliardaire polonais, le gigayacht d’un membre de la famille princière du Qatar et celui d’un milliardaire mexicain. Des passagers arrivaient en Zodiac depuis les embarcations, parfois avec leur propre service de sécurité. « J’ai vu un client amener un garde du corps juste pour protéger sa montre, raconte le patron d’une plage, une Richard Mille à 2 millions d’euros. » Lorsque les soeurs Kardashian se sont arrêtées chez Gigi, elles étaient encadrées de plusieurs dizaines de gorilles.

En ville, certains pestent contre cette « invasion », mais le succès des groupes d’événementiel haut de gamme est indéniable. « La barre a été relevée : il a fallu investir dans le mobilier », explique Christophe Coutal, le patron de la plage Moorea. Ce natif de Saint-Tropez a grandi en voyant Louis de Funès et Michel Galabru ripailler avec Daniel, son père. « À l’époque, il n’y avait qu’une paillote : quelques tables et trois parasols. » Rien à voir avec le décor léché d’aujourd’hui, les boutiques, le service voiturier et les malabars à l’entrée. Coutal y reçoit les Tropéziens aisés : tel avocat, tel chef d’entreprise, tel patron de boîte de nuit connu pour avoir refusé d’accueillir Leonardo DiCaprio dans son établissement. Mais ici, les étrangers forment le gros de la clientèle. « S’il n’y avait que les Français, on serait foutus. »

Les stars d’aujourd’hui le sont surtout dans le domaine de la finance. « Des clients très gentils qu’on ne reconnaît pas à moins de suivre le classement Forbes ! » confie un serveur du Nikki Beach. Ce sont eux qui rachètent à prix d’or les plus belles villas : Stephen A. Schwarzman, patron de Blackstone, plus gros gestionnaire de fonds d’investissement au monde, a désormais son domaine tropézien. L’an dernier, l’ancienne propriété du photographe Gunter Sachs, ex-mari de Brigitte Bardot, a été acquise pour 87 millions d’euros par le financier américain Ken Griffin. Charlotte Cachin, arrière-petite-fille du peintre Paul Signac et experte en art, le résume à sa façon : « Comme Mykonos, Cadaqués et Capri, Saint-Tropez a été découvert par des artistes, popularisé par des célébrités et récupéré par le monde des affaires. »

Stars, milliardaires, sportifs… C’est le cocktail détonant de l’été

Tout cela dépasse Manuel Urbini, qui tient l’Esquinade, l’un des rares restaurants de plage restés dans leur jus. Edna, sa mère, 90 ans, est une ancienne championne de moto norvégienne et amie de Brigitte Bardot. Son père, Roger, a ouvert la première boîte de nuit tropézienne au début des années 1950. « En 1972, la mairie de Ramatuelle nous a demandé de nous installer sur cette partie de la plage. Au début, il n’y avait que des cabanes en bambou et si on faisait vingt couverts, on était les rois du monde ! » Tablier bleu autour de la taille, le patron affable s’assoit pour raconter le bon temps où « Grace Kelly lavait les verres ». « Roger Vadim venait déjeuner, Eddie Barclay passait distribuer des disques. Pour nous c’étaient des personnes comme les autres ! » Qu’est-ce qui a changé ? « Les téléphones portables », s’insurge-t-il. « On a dû fermer le restaurant pour fêter l’anniversaire de Brigitte Bardot parce qu’elle était dérangée tout le temps. » Est-ce que c’était mieux avant ? « C’était bon enfant, tout le monde se rencontrait. On se donnait rendez-vous chez Yvette, pas au Café des Arts. On allait chez les gens, pas dans des lieux ! »

Les nouveaux rois de la fête en ont conscience. « Nos clients étrangers ont aussi besoin d’authenticité, confie Laurent de Gourcuff. Il ne faut pas trop tomber dans le bling-bling. » C’est pour cela qu’il a recruté Jean-Robert de la Cruz, une vraie figure de Saint-Tropez. Ancien de la plage Tahiti, il a aussi officié chez Sénéquier à l’époque où « il ne fallait pas dégainer sa carte de crédit pour réserver une table ». « On ne déplaçait jamais les clients, même pour Jacques Chirac ! » L’époque, reconnaît-il, était plus insouciante, plus légère. « Avec Johnny, Bécaud, Aznavour, ça buvait des coups avec le serveur ! » C’étaient les grandes tablées et les franches rigolades. Aujourd’hui, Jean-Robert est heureux de travailler chez Gigi car il est tombé amoureux du site et parce que, dit-il, « il faut bien s’adapter ». Il est formel : « Saint-Tropez est unique au monde, et il le restera. C’est le monde qui a changé. »

Cette chronique se veut produite de la façon la plus authentique que possible. Dans la mesure où vous décidez d’apporter des précisions concernant le sujet « Luxe » il est possible de d’échanger avec notre équipe. Le site plaisir-secret.fr a pour finalité de publier diverses publications autour du sujet Luxe communiquées sur la toile. Pour vous faciliter la tâche, plaisir-secret.fr vous produit cet article qui aborde le thème « Luxe ». Consultez notre site plaisir-secret.fr et nos réseaux sociaux dans l’optique d’être informé des prochaines parutions.

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